Casablanca, nouvel eldorado des affaires

La capitale économique a été propulsée au 80ème rang des villes les plus chères au monde dans la dernière étude annuelle du cabinet Mercer. Un bond de 18 places qui n’est pas du au hasard, car Casablanca est en plein essor urbain et figure parmi les métropoles les plus prometteuses d’Afrique pour les investisseurs.

80ème rang mondial des villes les plus chères et 7ème rang au niveau africain, Casablanca déploie ses atouts de capitale économique grâce à un plan d’essor urbain dont la fameuse Marina est devenue l’emblème. Sur 26 hectares vont ainsi s’étendre neuf tours de bureaux d’ici 2016, un palais des congrès de 3 500 places, un centre commercial, trois complexes hôteliers et plusieurs résidences de luxe, ainsi qu’un vaste aquarium de 15.000 m² . Des entreprises comme SFR ou Danone ont déjà investi les lieux, qui s’étendent du port de plaisance jusqu’à la mosquée Hassan II et le long du boulevard des Almohades . Business et prestige obligent, le projet « Casablanca Marina Living » offre également des duplex avec jardin privé et des penthouses avec vue imprenable sur l’océan… ce vaste projet à 8 milliards de dirhams place résolument la ville comme un des plus prestigieux hubs économiques d’Afrique, mais aussi comme une destination majeure du tourisme de culture, d'affaires et de croisières.

Autre projet phare de ce développement, Casa-Anfa, vaste site de 350 hectares, autrefois occupé par l’aéroport, a permis d’ériger non loin du centre des immeubles de bureaux selon les derniers standards internationaux. Objectif : attirer les investisseurs et les banques avec à l’appui les incitations fiscales du pays. Ce projet d’un milliard d’euros a été réalisé par le cabinet d’architectes français Reichen et Robert, ( à qui l’on doit la Grande Halle de la Villette à Paris notamment) pour incarner un nouveau centre dans une ville qui s’est étendue de façon souvent chaotique par le passé.

Essor économique… et enjeu sociétal

De fait, le développement économique et urbain de Casa passe nécessairement par l’amélioration des conditions de vie des habitants et en particulier des populations les plus modestes (2,6 milliards de DH y ont été affectés), la généralisation des réseaux d’eau potable, d’électricité et d’assainissement. En octobre 2013, le roi du Maroc dénonçait lui-même la mauvaise gestion de la ville : «Casablanca est la ville des disparités sociales les plus criantes, où se côtoient les catégories riches et les classes pauvres. C'est la ville des gratte-ciel et des bidonvilles. C'est le centre de la finance et des affaires, mais aussi de la misère, du chômage et d'autres maux, sans parler des déchets et des ordures qui en ternissent la blancheur et entachent la réputation.» Depuis, un budget de 250 millions d’euros a été alloué à la modernisation de la région du Grand Casablanca et un vaste programme de mobilité a été lancé (transports en commun, tramway, réfections de la voirie, etc…). Mais la création d’un métro aérien, initialement prévue pour 2018 et très attendue, a été abandonnée faute de financement au profit de quatre nouvelles lignes de tramway. Or il y a urgence, car la seule ligne créée depuis 2012 ne peut à elle seule résoudre les difficultés considérables de circulation dans la ville.

"Un chaos invraisemblable, sans voirie possible"

Un siècle plus tard, Casablanca s’est considérablement transformée depuis son premier code d’urbanisme instigué par le Protectorat de 1912 ! A l’époque, l’architecte Henri Prost, dandy parisien nommé par le chef du Protectorat Hubert Lyautey , pensait la tâche impossible : "à première vue, c’était un chaos invraisemblable, sans voirie possible, tellement le développement avait été rapide, partout à la fois et en tous sens". La ville, alors contaminée par le typhus et le choléra était "noyée au milieu d’un extraordinaire mélange de fondouks et d’habitations de tout genre, simples cabanes en planches, villas ou immeubles à cinq étages », le tout étendu sur des kilomètres…Et cependant, cet anarchisme fut en partie maîtrisé par ce qui est devenu ensuite le « Plan Prost », construit autour de la médina pour créer des boulevards reliant le centre à la ville nouvelle. Inspiré des villes américaines, un boulevard circulaire réunit les quartiers résidentiels du sud-ouest et les quartiers populaires et industriels de l'est. Il prévoit de larges surfaces pour implanter parcs et squares et conserve finalement la médina, qui avait initialement disparu de ses plans… L’erreur fatale ne sera heureusement pas commise ! Casablanca est au contraire devenue une référence d’urbanisme à l’époque, statut qu’elle cherche aujourd’hui à reconquérir par de touts autres moyens.

Crédits Photo : TarikossMazti

Véronique Smée

Journaliste spécialisée Economie et développement durable